Voici un copier-coller du récit du drame par ma blonde sur son facebook
D'abord hier au moment du drame:
Sophie Turcotte a pété sa plus belle coche en 20 ans cet après-midi... j'vous raconterais bien mais j'suis pas encore assez dépompée. Faut que j'aille méditer et respirer par le nez en écoutant d'la 'tite musique de ruisseau, avant qu'une artère fende...
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Puis aujourd'hui alors que je suis parti plancher à St-Donat :
[I]Sophie pète sa coche
Je vous dois quelques explications, qui ne seront pas brèves. N’allez surtout pas imaginer une scène de ménage pathétique. Mon chum et mes p’tits monstres me font perdre patience souvent, mais là on parle d’un irritant d’un tout autre calibre.
Je m’explique : Un gros peuplier penche dangereusement au dessus du toit de la maison tel une épée de Damoclès. On le regarde aller depuis quelques années et là on se décide enfin à lui régler son compte. Ceux qui me connaissent bien savent qu’avant que je me décide à couper un arbre, ça prend l’équivalent d’une commission Gomery dans ma tête. Comme on n’est pas équipés pour le mettre à terre nous-mêmes, on demande une estimation auprès d’un émondeur spécialisé en arbres dangereux. Il hésite, fait beaucoup de «iiichh, Oouuinn », et autre bruits douteux avant de proposer un prix d’amis à 400$ « parce que c’est un cas, c’t’arbre-là! » Nous on trouve ça cher, on décide de magasiner un peu avant de le rappeler, et on remet le projet à plus tard. Entre-temps débarque un bonhomme (ou pour être plus polie, une vague connaissance ben serviable et ben d’adon) qui « a un chum qu’y’a une pipine (oui oui, ça passe), pis à eux deux, ils vont nous faire ça « pas cher pas cher » « parce que j’ai fais ça moé dans l’temps bûcheron ma chère madame »
Là c’était à mon tour de faire « iiichh, Oouinn… », mais mon chum était très enthousiaste, et après tout, on est plutôt cassés ces jours-ci. Youpi donc, tout est arrangé, j’ignore la sonnette d’alarme qui me titille l’arrière-pensée (ben voyons Sophie, t’imagine toujours le pire). Le monsieur va nous en donner des nouvelles quand « y va avoir parlé à son gars » et on en reste là pour la fin de semaine.
MAIS HIER, on était gentiment entrain de déplacer un beam de 8x12 de 12 pieds (petit projet d’aménagement dur sur le dos), quand débarquent-t-y pas Bonhomme et Pipine. On est un peu pris au dépourvu, le monsieur est pressé et on pas eu le temps de déplacer le set de balançoires des p’tits, les bacs de poubelles, les plantes en pot, les cabarets de boutures, les jouets du carré de sable et les chaises de jardin, ni de décrocher la corde à linge et de ranger les vêtements qui sèchent dessus. Notre cour est petite et on pensait qu’on aurait un coup de fil avant. On court comme des poules sans tête pour libérer l’espace et littéralement sauver les meubles pendant qu’Antoine hurle dans sa poussette. On ôte nos affaires d’en dessus de ses roues au fur et à mesure qu’il avance. On n’a pas le temps de dire à « Pipine » ce qu’on veut au juste, il entre dans notre cour comme un tank fonce sur une barricade, à l’endroit où finalement ça passait pas vraiment une pipine. R.I.P. un érable de 15 ans épluché sur le ¾ de son tronc et plusieurs branches d’un gros cèdre qui abritait jusqu’à hier un joli nid de merle…
--- Ici, pause dans le récit, le temps de respirer dans un sac en papier ---
Jusque-là, je stresse un peu. Je me dis que c’est ben certain qu’il va y avoir un peu de dommages… je ne m’attends quand même pas à un émondage chirurgical avec un ‘back hoe’. Je prends 30 sec pour mettre le bébé en sécurité à l’intérieur avec son frère, à l’abri de ces dangereux maniaques. J’ai même pas le temps de le déposer que j’entends un gros ‘CRAC’. Là une sérieuse inquiétude commence à poindre. J’y retourne et je vois un arbre par terre, complètement déraciné. Pas le bon. Jacques crie et fait de grands gestes paniqués tout en essayant de sauver le set de balançoires, mais nos 2 bozos ne voient rien. Pis notre « bûcheron » est tout content, le sourire niais accroché aux oreilles avec les yeux brillants d’un gamin que son père amène voir un derby de démolition! OK, l’arbre c’était un chicot, mais du genre pas dangereux et très regardable que je gardais pour les pics bois et pour faire grimper du lierre. « Garder le tronc? Poukoi-cé faire? Y’était mort!» qu’y m’a dit Bonhomme, le visage beurré épais de la plus totale incompréhension. Heille, chuis chez-nous, j’peux-tu faire c’que j’veux avec mes arbres morts?! Après ça j’ai vu le rhododendron que je bichonne depuis 6 ans par en dessous de ses racines… et la soupape a sauté.
Mise en contexte. Je mène une petite vie rangée de mère à la maison. C’est mon choix même si c’est pas tous les jours excitant. Pour éviter de me perdre moi-même dans les dédales d’une routine aliénante, je m’évade en jouant dans la terre. Mon chum a besoin de planche à voile comme d’un fix d’héro, moi je jardine. Mon exutoire, ma thérapie, c’est mon jardin que j’élabore petit à petit avec un soin maniaque. C’est rien d’impressionnant. En fait, c’est plus beau dans ma tête qu’en réalité mais c’est mon projet, ça me ressemble et j’y mets beaucoup d’énergie. Ça peut paraître idiot, mais ça m’apporte beaucoup de satisfaction de contempler des textures de feuillages et des variations subtiles de teintes de vert. Il y a un coin de la cours que j’affectionne particulièrement, que je regarde par la fenêtre en me disant « on est donc bien chez-nous », et ce coin est maintenant… SCRAAAP!!
Je me souviens avoir commencé par « WÔ, là ça va faire! » mais le reste est un peu flou. J’pense que j’ai manqué d’air… Y ont pas eu besoin d’éteindre le moteur de la pipine pour m’entendre, j’ai rugi! J’ai tout de même la vague impression d’être restée polie, dur à dire… Jacques pensait pas que j’avais ça en moi. Après être redevenue Dr. Banner, je me suis assise sur le plancher du salon avec mes 2 bébés dans les bras pour me calmer les nerfs et éviter d’en voir plus avant d’arracher la face à quelqu’un. À ce stade là, le gros peuplier croche est encore debout et le pire reste à venir, mais je veux rien savoir, j’essaye de me dépomper. Jacques fait de son mieux pour limiter le carnage.
Quand ils sont partis, je me suis quand même excusée (pour la forme) d’avoir pété ma coche. Le monsieur était tellement mal à l’aise qu’il a refusé qu’on le paye à la fin. Pour détendre l’atmosphère avant de partir, il nous a raconté la fois où il a failli se dynamiter la fiole en vérifiant si la mèche était toujours allumée… Et moi de dire l’air intéressée « Hon, t’as pas fait ça! » avec un beau sourire en façade tandis que dans ma tête je lui faisais exploser la tronche à répétition. Mon avis personnel : La sélection naturelle ne fait pas toujours bien son travail. J’ai passé la majeure partie de la nuit à engueuler du monde dans ma tête et à m’engueuler moi-même de ne pas avoir suivi mon instinct.
Ce matin quand j’ai pris mon courage à 2 mains pour allez évaluer les dégâts à froid, je me suis arrachée les cheveux de plus belle. Est-ce qu’un jour quelqu’un m’a entendu me plaindre qu’il y avait un peu trop d’ombre dans ma cour? Temps révolu. Le peuplier croche n’est jamais tombé à l’endroit prévu. Il a plutôt arraché le 3/4 du feuillage (sans exagération!) d’un vieux bouleau qui avait encore de belles années devant lui, étêté un érable mature dont la cime était désaxée, ramassé au passage quelques branches d’un autre érable, coupé en 2 une haie de cèdre et cassé net quelques autres petits arbres avant d’aller s’aplatir sur mes p’tites clôtures tressées à la main et le massif de géraniums que j’ai planté la semaine dernière. En prime, le gazon est renfoncé d’un pied en plusieurs endroits (pas eu le temps de placer des plywoods sous les roues), ce qui fait que c’est plutôt casse-gueule de marcher dans la cours. Une tornade aurait pas fait une plus belle job! MAIS, le toit est intact.
Pour la première fois de ma vie, j’aurais aimé avoir des calmants dans la pharmacie. Je pense que les narines ont dû m’agrandir depuis hier à force de prendre de grandes respirations.
Le monsieur était TELLEMENT mal, qu’à matin il REDÉBARQUE avec sa ‘chain saw’ pour nous aider à « réparer les dégâts » (Wiiing Wingneliing les 2 pieds dans mes fleurs) et couper en bûches les troncs que j’ai décidé de garder pour l’aménagement du sous-bois. Merci, merci, mais j’aimerais mieux que tu nous aides pas! SCRAM!!! On en a pour une semaine juste à ramasser les miettes, sans parler des coupes de réparation qu’il faudra faire dans les arbres là où les branches ont déchiré. Faudra planter un cèdre pour combler un trou dans la haie, abattre les arbres qui sont trop amochés, et regarder ailleurs pendant quelques temps.
Vous trouvez que mon récit est exagérément caricatural? En vrai, c’était pire!
Entre nous, j’aurais préféré un toit bossé.
Tordant!!! Quelle plume ta blonde. Où trouve-t-elle le temps pour écrire un blog? J'ai à peine le temps de répondre à mes mails!
Je crois que je m'entendrais bien avec elle, j'adore le jardinage moi aussi...mais surtout sa façon de penser!
Le plus drôle c'est que nous avons aussi un peuplier à abattre dans une petite cour en ville, je prends des notes.
Conseil: Faites affaires avec des émondeurs professionnels. C'est de l'argent sur le coup mais jamais on le regrette (aucun dégât et aucun souci).
Et quand tu en a un bon: tu conserve son numéro précieusement.
Bon courage et aloha!!
Ouf! Quelle histoire. Nous avons vécu ma femme et moi une petite histoire semblable l'été dernier avec un gars d'asphalte et son poseur de bordures.
Un emerdement total, mais avec des conséquences bien moindre que celles de votre histoire.
Je sympathise avec vous deux.
:wink1:
Jd,
Pourrais tu mettre Sophie à la planche ? J'aimerais bien lire ses reports...
En tout cas, je lui decerne le post le mieux écrit sur ce site. Chapeau !
:clap: :clap: